"Strange Games" & "Bridges" de Jocelyne Saab

EXPOSITION D’ART CONTEMPORAIN – MIX-MEDIA
(architecture cinéma guerre et vidéo)


Musée National de SINGAPOUR
du 21 mars au 22 avril

JPEG


Dans cette installation, Jocelyne Saab recrée un monde totalement bouleversé par un conflit : une ville où la guerre semble, comme la végétation qui l’envahie, contribuer à un cycle infernal de destruction et de renaissance.

Dans un décor qui appartient à tous les conflits urbains, où des enfants jouent à la guerre en transposant sans peine leur quotidien, quand des miliciens tirent au milieu des immeubles cela ressemble à la fois à un jeu sur la mort et une partie de pétanque dominicale…

Plus loin, ce qui reste des ponts effondrés par les bombes, nous rappelle que la guerre sépare les hommes et brouille les souvenirs des expériences vécues entre temps de paix et temps de guerre.

La grande installation mix media de Jocelyne Saab à Singapour est la première étape d’un travail issu de films tournées depuis 30 ans sur la guerre et qui tentent de faire ressentir aux visiteurs ce qu’une déambulation dans les ruines peut infliger aux citadins qui s’y risquent.

CONCEPT DE L’INSTALLATION


Le concept d’installation de cette exposition puise ses sources dans le caractère même de BEYROUTH, ville sept fois détruite par des tremblements de terre qui ont accompagné le passage des différentes civilisations phénicienne, grecque, romaine et arabe et sept fois détruite en moins de trente ans par un cycle de guerre infernal.
Lorsque dans les années 1990 un homme d’affaire lance une opération public d’achat sur la ville pour la reconstruire, les Bulldozers déblaient les ruines de guerre, et les archéologues ouvre le ventre de la ville et remettant ainsi à jour les traces des civilisations antiques le temps de permettre aux habitants de la ville de marcher simultanément sur les voies grecques, romaines et phéniciennes restaurées et de lire dans la terre l’histoire de leur ville avant de tout recouvrir d’une couche de béton et d’asphalte.
J’ai vécu cette expérience très émouvante qui a renforcé mon appartenance à cette terre très ancienne. C’était aussi une manière de se transporter en trois dimensions dans le temps.
J’ai conçu STRANGE GAMES AND BRIDGES tel ce chantier de fouille mis à jour par les archéologues. J’ai revisité en image ces trente années de guerre : guerre civile, guerre d’occupation, siège, petites guerres et jusqu’à celle que l’on appelle la sixième guerre survenue cet été.
Je transporte simultanément les visiteurs dans différentes situations de la guerre à travers un parcours libre dans un jardin suspendu en reconstruction. Le visiteur est entraîné dans une expérience sensorielle amenant une réflexion intellectuelle qui devrait lui permettre de s’identifier et d’aller jusqu’à imaginer qu’il pourrait se retrouver dans cette situation. Chacun se construit sa propre narration.

Jocelyne Saab

DESCRIPTIF TECHNIQUE


Le visiteur pénètre dans une salle de 150 m2, de dix mètres de long sur cinq de large et d’une hauteur de 6 mètres puis est plongé dans les12 pièces fabriquées par Jocelyne Saab et projetées simultanément ou successivement sur 21 écrans composant ce jardin en couche de la guerre :
Bridges - Toy fighters – Killing mannequins - Walking in war – Erasing cities – Mothers - Stadium hopscotch - Sex and gun-horse ride – Engraved - STRANGE GAMES - My burnt house.

- Dans BRIDGES (Six loop durée 1’) que l’on regarde a partir d’une passerelle en construction surélevée à 2,25 mètres du sol, six ponts détruits, étalés au sol, projetés à 2,25 mètres du sol sont réduits à n’être plus qu’une simple vision abstraite de l’absurdité du monde. Mais Jocelyne Saab a fabriqué un Djinn qui nous entraîne à traverser ces ponts malgré leurs tabliers affaissés comme si elle ramenait a notre mémoire ce texte de Beckett « je ne peux pas continuer…mais il faut continuer... je ne peux pas continuer …je vais continuer … » ce qui en réalité a toujours été la trajectoire de l’artiste.
Mais dans cette création qui porte les signes de la maturité douloureuse de ceux qui ont traversé sept guerres en trente années de vie, l’artiste nous offre un regard d’une solidité sans faille et sans compromission. Un regard optimiste dont nous avons grandement besoin...

JPEG

- WALKING IN WAR (loop durée 30’’) A peine avons nous passé la porte d’entrée de l’exposition que nous sommes déstabilisés par une projection en plongée au sol d’une image sculpturale de millions de verres et de miroirs brisés. Une première interrogation sur notre image figurée par la guerre est amenée.

- TOY FIGHTERS (loop durée 1’) Sous la passerelle l’image projetée de combattants qui somnolent assis sur des chaises tournante de bar entre des palmiers à tête coupée met le spectateur mal à l’aise.
En une seule séquence par l’effet d’un montage qui joue sur des vitesses différentes du déroulement de l’image et le son d’une boite a musique que l’on remonte, l’artiste résume avec ironie la « guerre à répétition ». Ici le son nous révèle en trois notes le mécanisme de fonctionnement des guerres.

- KILLING MANNEQUIN (loop durée 20’’) Même les mannequins ont payé leur du à la guerre…
Le choix de ces images aussi sophistiquées que les photos de mode de mannequin que l’on peut voir dans les magazines de mode ou comme dans un rappel des vitrines des magasins.
Ces images sont encastrées par l’artiste dans des structures en métal et pierres « des Gabions : sculptures de jardin » nous projettent immédiatement dans un univers de construction déconstruction.

- ERASING CITIES (loop durée 1’) Travelling tête bêche d’un quartier de ville détruit.

JPEG

Les immeubles ne sont plus que des carcasses – sculpture abstraite en béton. Est-ce une ville ou ce que pourrait devenir toutes les villes lorsque la guerre s’y installe ? Cette projection pend du plafond du centre de la salle d’exposition comme si l’on avait pendu la ville.

- MOTHERS (loop durée 30’’) Quatre images de femmes aux visages ravagés par le temps observent ce jardin de la guerre et ce à quoi conduit l’intolérance des hommes.

- STADIUM HOPSCOTCH (loop durée 20’’) Dans un stade rongé par la violence une petite fille joue inlassablement à la marelle. L’espoir d’un recommencement. L’innocence de la jeune fille contraste avec le monde de violence qui l’entoure. La bande sonore contribue à renforcer cette violence . En deux plans, un travelling et un plan fixe, l’artiste résume la guerre et les enfants.

- SEX AND GUN (loop durée 1’) Sous votre fenêtre des hommes tirent au canon. Tout à coté des enfants les imitent avec des armes en Bois .Il ne manque plus que la musique de Beethoven pour un dimanche après midi. Une séquence d’une simplicité enfantine pour dire la frustration qui s’empare des êtres ou même inhérente aux êtres.

- HORSE RIDE (loop durée 20 ’) Deux plans surréalistes pour raconter les surprises que révèle la guerre au jour le jour comme lors de randonnées à cheval.

- ENGRAVED (loop20’’) En référence a FELLINI dans ROMA . Comme un bas-relief qu’on aurait souhaité voir s’animer .
Sur deux écrans côte à côte une double vision d’un flirt avec la vie et la mort…

- ROSE GAME (loop durée 1’10) Une adolescente flirte avec un franc-tireur. Jocelyne Saab qui a approché la guerre aussi bien dans des documentaires que dans des films de fiction traite à nouveau deux extraits de son premier long métrage pour en faire une histoire brutale qui raconte le jeu de vie et de mort auxquels sont constamment confrontés les habitants d’une ville en guerre.

- CRAZY SNIPER (loop durée 20‘) Une scène dure présente des enfants qui testent sur un mannequin leur pouvoir de vie et de mort.

- STRANGE GAMES (loop 1’) Projections sur 3 écrans : Des enfants jouent à la guerre mais ce n’est en réalité que la transposition de leur quotidien. Le montage rapide des images découpées comme des centaines de tesselles composant une mosaique crée un effet de tension presque insoutenable.

- MY BURNED HOUSE (loop durée 3’) L’artiste signe sa blessure en revisitant sa maison brûlée pendant la guerre et signe ainsi l’exposition qui prend alors un sens réellement profond et très personnel.



BIOGRAPHIE DE JOCELYNE SAAB


Jocelyne Saab est née et a grandi a Beyrouth. En 1975 elle devient reporter de guerre et réalise plus de vingt documentaires de création au proche- orient. Cinéaste indépendante, ses documentaires sont primés internationalement.
En 1985, elle réalise son premier long métrage « Une vie suspendue » sélectionné à la quinzaine des réalisateurs au festival international de Cannes. Il est Suivi en 1995 d’ "Il était une fois Beyrouth", fiction sur le thème de la mémoire. C’est un appel à la tolérance et à la liberté d’expression. En 1997 elle reçoit le prix du meilleur documentaire français pour son film "La Dame de Saigon", loin du conflit du proche orient ce tournage lui permet de prendre du recul par rapport a la guerre.
Etablie entre Paris et le Caire, elle tourne en 2005 "DUNIA", un film sur le désir féminin. Sélectionné en compétition internationale au festival de Sundance le film fait une carrière internationale et devient film culte en Egypte et dans le monde arabe
- voir : www.dunia-lefilm.com
Aujourd’hui en 2007, après trente années de documentaires, tous ses films tournés dans l’urgence de la guerre sont rassemblés dans une exposition pour laquelle elle recrée dans une installation d’art contemporain video mix –media un jardin anonyme suspendu.


JPEG

Dernière modification : 31/07/2007

Haut de page