Relations économiques [en]

I. Présentation générale de l’économie singapourienne

Petit pays, dépourvu de ressources naturelles, classé parmi les quatre « dragons » asiatiques, Singapour se caractérise par l’un des PIB par habitant les plus élevés au monde (64 579 USD en 2018 selon le FMI). Singapour a profité de son emplacement stratégique, à la pointe du détroit de Malacca, au cœur de l’Asie du Sud-Est, pour développer ses activités commerciales (2ème port de commerce mondial), industrielles (21 % du PIB en 2019) et financières (5ème place financière mondiale), et devenir la plaque tournante de la région.

Le modèle économique repose sur une forte ouverture au commerce international et aux investissements étrangers, avec un environnement des affaires très attractif. La stratégie économique proactive du gouvernement vise à organiser la montée en gamme de l’industrie et des services en attirant i) le commerce (160 % du PIB), ii) les investissements étrangers (stock d’IDE à 410 % du PIB) et iii) la main d’œuvre étrangère (40 % de la population active). Son cadre réglementaire et fiscal attractif en fait une place de choix pour les sièges d’entreprises dans la région.

L’économie repose aujourd’hui principalement sur trois secteurs : i) les activités financières, d’assurance et de services aux entreprises (29 % du PIB en 2019), ii) les activités de commerce et de logistique (24 % du PIB), iii) l’industrie manufacturière (21 % du PIB), spécialisée dans l’électronique, le biomédical, l’ingénierie de précision et la chimie – dont pétrochimie. Singapour cherche aujourd’hui à s’établir en hub régional dans différents domaines d’avenir, notamment les fintechs, les technologies médicales et l’agrifood tech.

La croissance de Singapour a fortement chuté en 2019 (+0,7 %, après +3,1 % en 2018), et devrait entrer en territoire négatif en 2020 (entre –4 % et –1 % selon les prévisions du gouvernement). Le ralentissement en 2019 s’explique principalement par les tensions commerciales sino-américaines, qui ont pesé sur les exportations nettes de biens et services (baisse des exportations de 2,1 %, plus forte que celle des importations de 1,5 %), avec notamment une activité manufacturière en contraction (–1,7 % après +7,0 % en 2018) et un ralentissement des services (+1,1 % après +3,4 %). Au premier trimestre 2020, le PIB a reculé de 2,2 % en glissement annuel (après +0,8 % au T4 2019), notamment via l’impact des mesures sanitaires sur les services (–3,1 % au T1).

Le gouvernement singapourien a mis en place plusieurs plans de soutien à l’économie, et l’Autorité monétaire de Singapour (MAS) a poursuivi l’assouplissement de sa politique monétaire. Au total, le gouvernement a annoncé près de 63 Mds SGD (45 Mds USD), soit 12 % du PIB, de mesures de soutien à l’activité depuis le déclenchement de l’épidémie. De son côté, la MAS, qui pilote sa politique par le taux de change nominal effectif et non par le taux d’intérêt, a abaissé fin mars, la valeur centrale de l’intervalle-cible, et réduit à zéro le rythme d’appréciation de la monnaie.

Singapour fait aujourd’hui face à plusieurs défis internes, et également à des risques externes. Le vieillissement de la population entraîne la diminution de la population active et pèse sur le budget de l’Etat. Le gouvernement singapourien s’est engagé vers la consolidation de son budget (annonce de la hausse de la TVA de 7 à 9 % avant 2025). Pour répondre aux craintes de la population sur le marché de l’emploi, le gouvernement réduit par ailleurs les quotas d’étrangers dans les entreprises. Il cherche aussi à relancer la productivité via le soutien à l’innovation et à la transformation des entreprises. Enfin, la forte dépendance de Singapour vis-à-vis des exportations de biens (105 % de son PIB) rend le pays particulièrement vulnérable au ralentissement de la Chine et à la remontée du protectionnisme.

II. Commerce bilatéral France – Singapour

Nos échanges commerciaux avec Singapour se sont élevés à 12,1 Mds EUR en 2019, un montant en forte hausse par rapport à 2018 (+14,7 %). Ce résultat s’explique par la progression de nos exportations vers la cité-Etat (+5,6 % en g.a.), à 8,7 Mds EUR, mais surtout par celle de nos importations (+46,9 % en g.a.), à 3,4 Mds EUR. Singapour constitue le deuxième excédent bilatéral français en 2019, à 5,2 Mds EUR (en recul de 11,0 %), après le Royaume-Uni (12,4 Mds EUR) mais devant Hong Kong (5,1 Mds EUR).

1. Des exportations vers Singapour en hausse : +5,6 %, à 8,7 Mds EUR

Partenaire privilégié de la France en Asie du Sud-Est, Singapour se place au 11ème rang de nos clients (1,8 % des ventes françaises sur l’année). En 2019, la hausse de nos ventes à destination de Singapour (+5,6 %) contraste avec la baisse de nos exportations à destination du reste de l’ASEAN sur la même période (−2,6 %). Ces données sont toutefois à nuancer en raison du rôle de plateforme commerciale de Singapour. En effet, tant les statistiques d’ensemble de la cité-Etat que les informations provenant des logisticiens indiquent que les réexportations vers l’Asie tirent notre commerce vers la cité-Etat.

Les ventes d’aéronautique enregistrent une baisse de 9,3 % en g.a., mais représentent 25 % de nos exportations totales, à 2,2 Mds. Elles constituent l’essentiel de nos exportations de matériels de transports, dont le total enregistre une baisse de 8,7 % en g.a. pour atteindre 2,3 Mds EUR.
Les ventes de produits de luxe tirent les exportations de produits manufacturés, qui enregistrent une croissance de 18,7 % en g.a. (à 3,9 Mds EUR). Les ventes de textiles et maroquinerie augmentent de 19,8 % (à 1,4 Md EUR, soit 17 % de nos exportations) et celles de parfums et cosmétiques de 16,2 % (à 1,3 Md EUR, soit 15 % des exportations). Parmi les autres composantes majeures de ce poste, les exportations de produits pharmaceutiques progressent (+31,2 %, à 509 M EUR), tandis que celles de produits chimiques reculent (–3,2 %, à 356 M EUR).

Nos exportations de boissons – composées à 99 % d’alcool et de vin – augmentent de 2,4 %, et représentent 11 % de nos exportations totales, à 956 M EUR. Elles constituent l’essentiel de nos ventes de produits agroalimentaires, qui progressent de 1,9 % en g.a. (à 1,1 Md EUR). Les ventes de la sous-catégorie des produits alimentaires se contracte quant à elle de 2,3 % (à 109 M EUR).

Les produits informatiques, électroniques et optiques comptent pour 10 % de nos exportations. Ces dernières progressent de 6,6 %, à 872 M EUR en 2019. Elles sont composées aux deux tiers de composants et de cartes électroniques.

2. Des importations également en forte augmentation : +46,9 %, à 3,4 Mds EUR

La cité-Etat est le 32ème fournisseur de la France dans le monde (0,6 % des achats), et le 2ème en ASEAN (18 % des achats français dans la zone), derrière le Vietnam (30 %).

Les produits aéronautiques deviennent notre premier poste d’importations et comptent pour 33 % des importations totales (contre 12 % en 2019). Nos achats sont en forte hausse (+304 %), et s’établissent à 1,1 Md EUR. Ils sont vraisemblablement composés de pièces détachées fabriquées dans la zone (notamment Malaisie) et qui transitent par la cité-Etat.

Nos achats de produits pétroliers raffinés représentent quant à eux 24 % de nos importations. Ils atteignent 820 M EUR, soit une hausse de 67,2 %, qui s’explique notamment des prix du pétrole plus élevés en 2019 qu’en 2018.
Les produits pharmaceutiques représentent 16 % du total de nos importations.

Nos achats sont en légère hausse, de 2,0 %, à 560 M EUR. Les importations de produits pharmaceutiques de base ont augmenté de 33,9 %, à 455 M EUR, celles de préparations pharmaceutiques ont reculé de 49,8 % à 105 M EUR.

Nos achats de produits informatiques sont en baisse et représentent 14 % du total, à 494 M EUR (–17,1 %). Ce recul s’explique notamment par le ralentissement du commerce mondial d’électronique en 2019, dans un contexte de tensions commerciales sino-américaines.

3. Un excédent commercial avec Singapour en baisse : –11,0 %, à 5,2 Mds EUR

Notre excédent commercial avec la cité-Etat s’est contracté en 2019, à 5,2 Mds EUR (après 5,9 Mds EUR en 2018), la progression des importations ayant été supérieure à celle des exportations. Ce recul met fin à quatre années d’expansion de l’excédent (qui a plus que doublé depuis 2014), qui reste toutefois notre 2ème excédent au niveau mondial, et qui continue de refléter le rôle de plateforme commerciale régionale de Singapour. Nos exportations vers Singapour connaissent par ailleurs une croissance ininterrompue depuis 2014, dans une région dynamique dont la croissance économique est supérieure à 5 % en moyenne annuelle depuis 2000. Après les développements de la crise commerciale sino-américaine qui ont affecté négativement les activités de place logistique de Singapour en 2019, la crise du coronavirus impactera elle aussi les échanges commerciaux de Singapour durant l’année 2020. Il ne faut donc pas s’attendre à une progression significative des échanges commerciaux entre la France et Singapour avant 2021.

III. Investissements bilatéraux et présence française à Singapour

1. Singapour concentre l’essentiel des investissements français en Asie du Sud-Est, malgré un recul pour la troisième année consécutive en 2018

Singapour concentre plus des deux tiers des investissements français en Asie du Sud-Est avec un stock de 9,0 Mds EUR d’IDE en 2018, en baisse de 5,4 % par rapport à 2017, et de près de 20 % depuis le point haut de 2015 (11,1 Mds EUR). Les investissements français à Singapour demeurent toutefois largement supérieurs à ceux observés dans les autres pays de l’ASEAN, notamment en Malaisie (1,1 Md EUR), en Thaïlande (762 M EUR), ou au Vietnam (671 M EUR). D’après le Département singapourien des statistiques, la France est le 22ème pays investisseur à Singapour et le 8ème investisseur européen, représentant 1,0 % du stock d’IDE en 2017.

Plus de 800 filiales d’entreprises françaises sont implantées à Singapour, la cité-Etat bénéficiant de sa position au cœur de l’ASEAN et d’un cadre favorable pour les entreprises. Singapour dispose d’infrastructures de pointe, d’une fiscalité avantageuse, d’un cadre légal et politique stable et d’un environnement des affaires parmi les meilleurs au monde. Sa situation géographique en fait par ailleurs un point d’ancrage naturel pour les entreprises, qui peuvent ensuite rayonner vers les marchés de la région. Parmi les implantations françaises, on compte de grandes entreprises, des ETI, des PME, des succursales et des bureaux de représentation. La majorité des grands groupes français sont représentés, à l’instar de ST Microelectronics (1er employeur français à Singapour avec environ 5000 employés), Thalès–Gemalto (environ 2100 employés), CMA-CGM (qui a racheté le singapourien NOL en 2016 pour 2,2 Mds EUR), Dassault Systèmes, BNP Paribas, Essilor ou AccorHotels. Les entreprises françaises couvrent ainsi tous les secteurs d’activité avec une activité marquée dans l’aéronautique, l’électronique, la finance et l’assurance et les services aux entreprises. En plus de leurs activés commerciales, certaines sociétés s’appuient sur un écosystème propice aux innovations pour développer des centres de R&D (Engie, Airbus, Thalès). La cité-Etat attire également les entrepreneurs français, estimés à 400 en 2018, avec notamment une communauté labellisée French Tech.

Le développement des entreprises françaises s’accompagne d’une augmentation du nombre de Français dans la cité-Etat. La population française à Singapour, évaluée à 20 000 personnes, a plus que doublé depuis 2008. Singapour attire en particulier de nombreux jeunes pour un premier emploi, un stage ou un volontariat international à l’étranger (VIE). Les Français de Singapour enregistrés représentent environ un quart des Français enregistrés en ASEAN et les 250 VIE près de 50 % de l’ensemble des VIE dans la région.

2. Les investissements singapouriens en France sont considérables, principalement via des actifs financiers détenus par ses fonds souverains

Du fait d’un compte courant structurellement excédentaire (18 % du PIB en 2018), Singapour accumule chaque année d’importants montants de devises, réinvestis notamment par ses fonds souverains. Les fonds souverains singapouriens, GIC et Temasek, sont les 6ème et 8ème plus importants fonds souverains au monde en termes d’actifs sous gestion. Ils gèrent notamment l’épargne des singapouriens, et comptent parmi les principaux investisseurs singapouriens en France, de manière directe ou via les nombreuses entreprises de leur portefeuille.

A ce jour, GIC détiendrait entre 15 et 18 Mds USD d’investissements en France, principalement via des actifs financiers (actions de sociétés du CAC 40), des titres souverains et des investissements immobiliers. Fin 2018, GIC a par exemple acquis la tour de bureaux Ariane du quartier de la Défense, pour 465 M EUR. Il avait déjà racheté, via une filiale, 25 % de la foncière cotée CeGeReal en avril 2016 (bureaux haut de gamme au sein du Grand Paris) pour environ 120 M EUR. Le fonds avait également fait l’acquisition en 2018 de 55 % des parts d’AccorInvest, la foncière du groupe AccorHotels, avec un groupe d’investisseurs (dont Amundi et Crédit Agricole Assurances) pour un total de 4,4 Mds EUR. GIC détient également 32% (environ 800 M EUR) du capital de TIGF, filiale de distribution de gaz de Total. Le fonds souverain est également un investisseur historique en bons du Trésor, et est membre du comité stratégique de l’Agence France Trésor.

Les activités de Temasek en France sont portées principalement par sa participation de 39 % dans le groupe CapitaLand, maison mère de The Ascott (possédant 28 résidences sous la marque Citadines en France, et employant entre 600 et 700 personnes). En 2016, Temasek est entré au capital de la société holding du fonds d’investissement français Tikehau (implanté à Singapour) à hauteur de 5 % (environ 60 M EUR), et a participé à une nouvelle levée de fonds de 300 M EUR en 2019. En 2018, le fonds a vendu ses parts de 10,4 % (environ 215 M EUR) dans l’entreprise française Gaztransport & Technigaz (GTT), acquises en 2014. Temasek détient également des parts du groupe vétérinaire français Ceva Santé Animale depuis 2014.

Le stock d’IDE singapouriens en France s’est ainsi établi à 1,6 Md EUR en 2018 (après 1,7 Md EUR en 2017 et 2016). Ces investissements se traduisent par une quarantaine d’implantations et plus de 1500 emplois en France, principalement dans les secteurs de l’hôtellerie et l’immobilier (CapitaLand, Millennium Hotels, Frasers Centrepoint), les technologies de pointe (ST Engineering), la chimie (Wilmar international) et les services (International SOS). Singapour compte également plusieurs implantations de start-ups innovantes ayant établi leur filiale en France (H3 Dynamics, Novade, Upskills, Obike).

Pour plus d’informations

Liens utiles

- Business France

- Service Economique Régional de Singapour / Direction générale du Trésor

- French Chamber of Commerce in Singapore

Dernière modification : 18/05/2020

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